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samedi 13 septembre 2008

Untitled VI

"_ Mon beau chien, mon bon chien, mon cher toutou, approchez et venez respirer un excellent parfum acheté chez le meilleur parfumeur de la ville."
Et le chien, en frétillant de la queue, ce qui est, je crois, chez ces pauvres êtres, le signe correspondant du rire et du sourire, s'approche et pose curieusement son nez humide sur le flacon débouché; puis, reculant soudainement avec effroi, il aboie contre moi, en manière de reproche.
"_ Ah! misérable chien, si je vous avais offert un paquet d'excréments, vous l'auriez flairé avec délices et peut-être dévoré. Ainsi, vous-même, indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l'exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies."

Le chien et le flacon
Le spleen de Paris
Charles Baudelaire


jeudi 11 septembre 2008

Untitled IV

Ma petite folle bien aimée me donnait à dîner, et par la fenêtre ouverte de la salle à manger je contemplais les mouvantes architectures que Dieu fait avec les vapeurs, les merveilleuses constructions de l'impalpable; - et je me disais, à travers ma contemplation: "- Toutes ces fantasmagories sont presque aussi belles que les yeux de ma bien aimée, la petite folle monstrueuse aux yeux verts."
Et tout à coup je reçus un violent coup de poing dans le dos, et j'entendis une voix rauque et charmante, une voix hystérique et comme enrouée par l'eau-de-vie, la voix de ma chère petite bien aimée, qui disait: " Allez-vous bientôt manger votre soupe, sacré bougre de marchand de nuages!"

La soupe et les nuages
Le spleen de Paris
Charles Baudelaire


mardi 9 septembre 2008

Untitled II


_Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta soeur ou ton frère ?

_Je n'ai ni père, ni mère, ni soeur, ni frère.
_Tes amis ?
_Vous vous servez là d’une parole dont le sens m'est resté jusqu'à ce jour inconnu.

_Ta patrie ?
_J'ignore sous quelle latitude elle est située.
_
La beauté ?
_Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
_L’or ?
_Je le hais comme vous haïssez Dieu.
_Eh ! qu'aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
_J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

L'étranger

Le Spleen de Paris
Charles Baudelaire